Crise de l’eau potable en Haïti: une urgence sanitaire et institutionnelle
L’accès à une eau potable sûre constitue l’un des déterminants les plus fondamentaux de la santé publique. L’eau n’est pas seulement une ressource indispensable à la survie humaine; elle est au cœur de la prévention des maladies, du développement de l’enfant et de la dignité humaine (World Health Organization [WHO], 2017). Lorsque l’eau destinée à la consommation est contaminée par des éléments toxiques, la situation doit être considérée comme une urgence sanitaire nécessitant une réponse intersectorielle coordonnée. Cet article constitue un cri d'alarme adressé aux autorités haïtiennes pour exiger des réponses urgentes par rapport à la crise sanitaire de l'eau potable que nous subissons.
Des données très récentes publiées par Le Nouvelliste révèlent une situation sanitaire préoccupante dans la région métropolitaine de Port-au-Prince : une étude menée par le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) avec la Direction du contrôle de la qualité et de la protection du consommateur (DCQPC) montre que 92 % des sachets d’eau analysés ne respectent pas les normes sanitaires, et 83,5 % présentent des signes de contamination dépassant les seuils requis pour la consommation humaine. L’enquête, réalisée sur 109 échantillons collectés dans les marchés locaux, met en lumière une défaillance majeure des mécanismes de contrôle de la qualité de l’eau sur le marché haïtien.
Ces résultats confirment que la consommation d’eau contaminée est devenue une réalité quotidienne pour une large fraction de la population de la capitale, exposant des milliers d’habitants à des risques graves pour la santé.
Les métaux lourds les plus préoccupants dans l’eau potable incluent notamment le plomb (Pb), le mercure (Hg), l’arsenic (As) et le cadmium (Cd). Ces contaminants sont reconnus pour leur toxicité cumulative : ils s’accumulent dans l’organisme et peuvent provoquer des effets irréversibles (Agency for Toxic Substances and Disease Registry [ATSDR], 2020). L’exposition chronique au plomb est associée à des atteintes neurologiques, en particulier chez l’enfant, avec une diminution des capacités cognitives et des retards de développement (Lanphear et al., 2018). L’arsenic est classé cancérogène pour l’humain et est relié à des cancers de la peau, du poumon et de la vessie (International Agency for Research on Cancer [IARC], 2012). Le mercure affecte principalement le système nerveux central, tandis que le cadmium est associé à des problèmes rénaux et osseux (ATSDR, 2022 ; Jarup & Akesson, 2009).
Les femmes enceintes et les jeunes enfants représentent des populations particulièrement vulnérables, en raison des effets potentiels sur le développement fœtal et infantile.
Le communiqué du MCI doit être interprété comme un signal d’alarme national, exigeant une mobilisation interinstitutionnelle urgente. Le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) est responsable d’évaluer l’ampleur du risque sanitaire, de renforcer la surveillance épidémiologique et de communiquer clairement avec la population (WHO, 2023). La Direction Nationale de l’Eau
Potable et de l’Assainissement (DINEPA), en collaboration avec le Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications (MTPTC), doit renforcer les contrôles de qualité, assurer la conformité des réseaux de distribution et mettre en œuvre des mesures correctives rapides.
Le Ministère de l’Environnement doit identifier les sources de contamination — industrielles, agricoles ou naturelles — et appliquer des politiques de prévention et de remédiation environnementale basées sur une évaluation scientifique des risques.
La crise actuelle met en lumière la nécessité d’une gouvernance durable de l’eau, fondée sur des normes scientifiques rigoureuses, la transparence des données et l’obligation de rendre compte des résultats des contrôles sanitaires. Cela implique des protocoles réguliers de surveillance de la qualité de l’eau, des laboratoires certifiés, et une communication publique accessible et continue, essentiels pour restaurer la confiance et protéger la santé collective.
Comprendre la nature et la gravité de ces risques est une condition préalable à toute mobilisation citoyenne éclairée. La protection de l’eau potable n’est pas uniquement une question technique : elle constitue un impératif éthique et un droit fondamental, reconnu par les Nations Unies (United Nations General Assembly, 2010). Garantir une eau potable sûre, c’est protéger la vie, prévenir la maladie et investir dans l’avenir du pays. Nous avons besoin de fixer LES RESPONSABILITÉS dans les crises sanitaires auxquelles la population haïtienne fait face actuellement.
Lyne Vanessa ALEXANDRE
Références
Agency for Toxic Substances and Disease Registry. (2020). Toxicological profile for lead. U.S. Department of Health and Human Services.
Agency for Toxic Substances and Disease Registry. (2022). Toxicological profile for mercury. U.S. Department of Health and Human Services.
International Agency for Research on Cancer. (2012). Arsenic and arsenic compounds (IARC Monographs on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans, Vol. 100C). World Health Organization.
Jarup, L., & Akesson, A. (2009). Current status of cadmium as an environmental health problem. Toxicology and Applied Pharmacology, 238(3), 201–208. https://doi.org/10.1016/j.taap.2009.04.020
Lanphear, B. P., Rauch, S., Auinger, P., Allen, R. W., & Hornung, R. W. (2018). Low-level lead exposure and mortality in US adults: A population-based cohort study. The Lancet Public Health, 3(4), e177–e184. https://doi.org/10.1016/S2468-2667(18)30025-2
World Health Organization. (2017). Guidelines for drinking-water quality (4th ed., incorporating 1st addendum). WHO.
World Health Organization. (2023). Water, sanitation and health: Drinking-water quality. WHO.
Le Nouvelliste. (2026, 2 février). Boire de l’eau contaminée, la norme à Port-au-Prince.
United Nations General Assembly. (2010). The human right to water and sanitation (Resolution A/RES/64/292).